Retour sur les élections cantonales

Phillipe VardonIntervention de Philippe Vardon lors du Conseil Fédéral des identitaires, Paris – le 16 avril 2011

Nous sommes désormais à un mois du premier tour des élections cantonales, et nous pouvons tenter de porter un regard froid sur les résultats, une fois dépassées les gueules de bois du lendemain ou les satisfactions passagères. L’objectif de l’exercice étant autant que possible d’avoir une analyse correcte, détaillée et permettant ainsi de donner quelques indications et orientations pour notre action future.

En propos préliminaire, disons tout de suite que l’on ne peut pas tirer des enseignements définitifs d’une élection à laquelle le mouvement identitaire a participé de manière très réduite et qui – de plus – a connu une abstention énorme (liée surtout à la méconnaissance du scrutin et des enjeux, ce qui explique aussi une cristallisation sur la dimension nationale). Néanmoins, si nous voulons regarder notre engagement – notamment sur le terrain électoral, mais de manière plus large aussi – avec lucidité, il nous appartient de nous saisir de chacun des indicateurs à notre disposition. L’influence politique, la présence médiatique, l’implantation et l’activité militante en sont. Nos résultats électoraux aussi.

29 candidat(e)s identitaires aux cantonales

Ce sont donc 29 candidatures qui ont été présentées lors des élections cantonales de mars, cela sous des formules différentes, correspondant à la pluralité et la diversité du mouvement identitaire :

- 14 en Pays Niçois, et même 15 avec le soutien apporté à Jacques Peyrat, l’ancien maire de Nice

- 2 à Grasse, en Provence

- 5 en Languedoc avec la Ligue du Midi

- 2 en Bretagne avec Jeune Bretagne

- 2 sous les couleurs d’Alsace d’Abord

- 2 à Nevers, en Bourgogne

- 1 en Aquitaine sous l’étiquette « rurale et identitaire ».

29 candidats, ce n’est pas si mal pour un « petit parti », et ces cantonales nous ont permis d’élargir notre maillage au-delà de la présence qui était la nôtre aux élections régionales de l’an dernier (nous participions alors à trois listes : en Alsace, en Languedoc-Roussillon, et en « PACA »). Se faisant, nous poussons de nouveaux cadres en avant (c’est particulièrement vrai avec de nombreux cadres issus de la formation des jeunes identitaires candidats, suppléants ou mandataires pour Nissa Rebela), et nous accumulons des savoir-faire utiles pour l’avenir.

Néanmoins, nous ne parvenons pas à atteindre l’objectif fixé lors de la Convention qui était de 50 candidats. Nous nous sommes rendus compte que beaucoup ne se sentaient pas de franchir le pas (de par l’implication personnelle, ou militante) ou peut-être encore davantage n’en ressentaient pas l’envie. Si le militantisme n’est pas à la carte à mes yeux, on sait bien que l’on ne peut faire les choses correctement sans enthousiasme, c’est pourquoi nous n’avons pas voulu « d’autorité » pousser des groupes – dont nous pensions qu’ils en avaient la capacité – à présenter des candidatures.

Nous pouvons tout de même regretter qu’il n’y en ait pas davantage qui aient tenté l’expérience. Il n’y aura peut-être plus jamais d’élections cantonales (en cas de victoire de la droite en 2012, et donc de réforme territoriale), et celles-ci étaient les plus abordables pour une petite écurie, pour un « test ».

Des résultats contrastés

En termes de scores, nos résultats sont contrastés.

Si quelques uns de nos candidats dépassent ou frôlent les 5%, ou encore si nous obtenons deux scores symboliques avec 13% dans un canton rural du haut-pays niçois et 15% en Bretagne avec Mickaël Prima, on peut établir une moyenne autour de 2/3 % pour nos candidatures.

Ce n’est pas ridicule en soit, et à voir comment certains ont été dragués pour le second tour nous savons que cela peut peser dans un scrutin, mais cela n’ouvre ni la voie du remboursement (les 5% permettant alors de penser qu’on a bénéficié d’une « publicité » gratuite à travers la campagne officielle), ni encore la possibilité d’être considéré comme un vrai trublion du jeu électoral. Notre existence est reconnue, simplement, mais c’est déjà énorme. Tout comme l’idée – tout de même – que plusieurs milliers de nos compatriotes aient pu exprimer clairement leur choix pour des candidats défendant le projet de société identitaire.

Les résultats en Pays Niçois, là où nous bénéficions d’une expérience électorale assez ancienne (depuis 2005) et où nous avons déployé le plus gros dispositif avec 15 candidats et même 17 sur le département, doivent être regardés comme les plus significatifs.

Sur une ligne purement identitaire (très dure sur l’islamisation et l’insécurité, régionalisme et localisme fortement mis en avant), avec une très grosse campagne de terrain, des candidats avec une relative notoriété, et une forte présence médiatique tout au long de la campagne (avec des manifestations, des actions chocs comme l’apéro porchetta-rosé)… nos résultats ne décollent pas. Et encore nous stagnons en termes de voix, quand on ramène le tout à nos scores précédents en prenant en compte l’abstention, etc. mais les résultats bruts sont décevants pour ce qui est des pourcentages obtenus.

Petite analyse des résultats en Pays Niçois

Nous avons ressenti tout au long de ces mois un énorme courant de sympathie envers Nissa Rebela, et avons vu pendant la campagne une augmentation des prises de contact, des adhésions, des abonnements à notre journal. Mais le moment des urnes venu… le vote réflexe, le vote qui se voudrait « utile », le vote national, et –aussi- le vote « vu à la télé » s’est exprimé.

Si je devais me risquer à une comparaison, nous apparaissons un peu comme le syndicat des Niçois, ceux qui les défendent, descendent dans la rue, vont gueuler, parfois même aux yeux de certains presque comme un groupe d’auto-défense. Mais pas forcément comme une force politique traditionnelle, pour laquelle ils peuvent voter. Certainement parce que nous ne sommes pas une force politique traditionnelle, et n’en présentons pas les marqueurs. Ce qui peut être un avantage, mais empêche aussi de dépasser un certain seuil, les esprits n’étant pas forcément prêts à une offre fondamentalement différente (dans les idées, le style, les profils).

Pour accompagner le commentaire de nos résultats présentons tout de même deux données : des candidats « indépendantistes » parasitaires, présentés uniquement pour nous nuire, ont réalisé des scores de 1 à 2% / le 06 est le département où le FN a réalisé ses meilleurs scores dans toute la France… avec une présence au second tour dans tous les cantons niçois !

De la difficulté d’affirmer son espace et sa spécificité

Un scrutin pourtant ultra-local s’est en fait transformé en consultation nationale, où le rejet de Sarkozy et la nouveauté bleu Marine ont donné le ton, se mêlant d’ailleurs très largement.

L’embellie électorale du FN new look a été au cœur de tous les débats (avec un effet de vase communiquant permanent : un bon sondage amenant une couverture médiatique qui amène un autre bon sondage, qui amène une nouvelle couverture médiatique… le tout finissant aussi par participer aux bons résultats), et agite l’ensemble du spectre politique français. Il serait un peu présomptueux et pour le moins autiste de nous refuser à en parler. Tout comme de refuser de reconnaître que dans les médias tout comme dans une large partie de la population, nous sommes souvent évoqués en corrélation avec ce parti. Cela même si nos différences et divergences sont profondes (elles sont à la fois de nature et de degré, selon les sujets, pour reprendre le schéma qu’aime employer Marine Le Pen vis-à-vis du feu-RPR et de l’UMP). Mais 30 années d’antiracisme officiel, en faisant la seule vraie religion d’Etat, ont fini par façonner ainsi la perception du champ politique : tous ceux qui portent critique de l’immigration massive et incontrôlée (fût-ce avec une grille d’analyse, un regard, et des solutions au problème tout à fait différentes) sont renvoyés dans le même c(h)amp politique.

Devons-nous pour autant regretter le vote FN ?

Je ne le crois sincèrement pas.

Il traduit au sein de l’électorat une tendance qui est profondément structurante : celle d’une aspiration identitaire – oui ! – dont le principal marqueur est le rejet de l’immigration-islamisation (mais on pourrait tout autant évoquer l’engouement pour la généalogie, le bio ou encore les fêtes médiévales…).

Cette tendance s’est exprimée de manière constante depuis 15 ans désormais :

- En 1995 à travers Jean-Marie Le Pen

- En 2002 à travers Jean-Marie Le Pen encore

- En 2007 à travers Nicolas Sarkozy

- Et en 2012 ?

Si on peut – et au vu du profil de certains candidats et de nombreuses prises de position, on en a toute légitimité – regretter que cette aspiration se traduise dans un vote FN, nous devons en prendre acte, et considérer ce vote, je le répète (et même si, bien entendu, j’aurais préféré que ce soit les candidats de Nissa Rebela qui recueillent 40 % des suffrages), comme un signe positif envoyé par notre peuple et même un encouragement pour NOTRE combat !

Repenser notre rôle, réaffirmer notre mission

Chaque nouvelle étape, dans un monde en mouvement (et nous parlons ici de mouvements de plus en plus rapides, ce qui se déroule aujourd’hui semblant impossible il y a trois mois, de Fukushima à Lampedusa) doit nous amener à nous arrêter deux minutes sur le bord du chemin, à sortir notre carte et notre boussole du sac pour faire un point.

Les identitaires ne sont pas des idéologues, essayant de conformer le monde à leur réalité plutôt que de le voir tel qu’il est, ou encore faisant de tel ou tel point de doctrine un absolu qui pourrait –par exemple- excuser quelques millions de morts…

Les identitaires ne sont pas des partisans, et nous devons en toutes circonstances rejeter l’esprit sectaire et groupusculaire, et évoluer dans la souplesse tactique permanente. Cela nous a plutôt bien réussi dans nos partenariats jusque là, même s’il nous a parfois fallu un peu serrer les dents, que cela soit avec Riposte Laïque ou lors de collaborations ponctuelles avec les nationaux d’ailleurs.

Les identitaires sont aussi des pragmatiques, capables de mener des opérations de piraterie politique quand la prise du navire ennemi le nécessite.

Les identitaires ne s’enferment pas dans la posture romantico-désespérée du dernier carré mais au contraire se projettent toujours en première ligne. Antagonistes d’accord mais protagonistes d’abord !

Le mouvement identitaire aura bientôt 10 ans, et je crois qu’il serait bon pour nous de regarder vers nos fondamentaux et en premier lieu – au moment où notre peuple voit une déferlante migratoire taper à sa porte, et au moment où le visionnaire Camp des Saints de Jean Raspail connaît une seconde vie en librairie – en étant encore et toujours les dénonciateurs de la fracture ethnique (cette frontière intérieure au sein même de nos quartiers et nos villes) et les défenseurs des « petits blancs », quand bien même ces petits blancs se laisseraient séduire par d’autres sirènes électorales.

Les identitaires sont des radicaux, parce qu’ils veulent prendre les problèmes à la racine, et de par leur place à part dans l’échiquier politique peuvent se permettre de dire tout haut ce à quoi les autres n’ont pas encore commencé à penser…

Agitation (et notamment agitation d’idées et de concepts), pédagogie, formation, combat métapolitique et contre-culture, ce sont là les piliers de notre mouvement ! Plus que jamais réaffirmons aussi que la rue est notre première permanence, et que c’est là, au contact du peuple qui souffre, que nous forgeons notre légitimité.

Je vous parlais il y a un instant de boussole, n’oublions pas ce que nous devons être : des aiguillons, des éveilleurs de peuple, des porteurs de sens, des éclaireurs, car nous sommes et devons rester « le parti de l’étoile polaire ». Ouvrons la voie !